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Les sources du pouvoir de marché

Identifier comment le nombre limité d'offreurs, les ententes et les barrières à l'entrée permettent aux entreprises d'influencer les prix. Comprendre pourquoi ces situations s'éloignent de l'atomicité de la concurrence parfaite.

Duree estimee : 20 min

Du preneur de prix au faiseur de prix

Imagine que tu es un producteur de blé parmi des milliers d'autres. Si tu vends ton blé plus cher que le prix du marché, personne ne t'achètera rien. À l'inverse, si tu es la seule entreprise à vendre un billet de train pour un trajet précis, tu as beaucoup plus de liberté pour fixer ton tarif.

C'est la différence fondamentale entre la concurrence parfaite et imparfaite. En concurrence parfaite, l'entreprise est « preneuse de prix » (price taker). Mais dès qu'une entreprise peut influencer le prix de vente grâce à son poids sur le marché, on dit qu'elle détient un « pouvoir de marché » : elle devient « faiseuse de prix » (price maker).

Illustration vectorielle simple sur fond blanc. À gauche, une balance parfaitement équilibrée avec une multitude de petits personnages identiques sur chaque plateau (concurrence). À droite, une autre balance qui penche très lourdement d'un seul côté, écrasée par un unique personnage géant (le monopole).
Visualisons ce changement de rapport de force.
Attention, être « faiseur de prix » ne permet pas de fixer n'importe quel tarif ! Même un monopole doit respecter la demande. Si le prix est excessif, les consommateurs renonceront à acheter ou chercheront des substituts, et le profit de l'entreprise diminuera.
À retenir : Le pouvoir de marché est la capacité d'une entreprise à imposer un prix supérieur à celui qui existerait en concurrence parfaite.

Barrières à l'entrée et formes de monopole

Pourquoi certaines entreprises se retrouvent-elles seules (monopole) ? C'est souvent parce qu'il est difficile pour de nouveaux concurrents d'arriver. On appelle ces obstacles les « barrières à l'entrée ». Elles empêchent l'arrivée de la concurrence.

Première forme : le monopole naturel. Il apparaît quand les coûts fixes sont très élevés (comme construire un réseau ferré). Cela crée des économies d'échelle : plus on produit, plus le coût unitaire baisse. Une seule entreprise est donc plus efficace que plusieurs pour servir tout le marché.

Deuxième forme : le monopole institutionnel (ou légal). Ici, c'est l'État qui crée la barrière par la loi. Par exemple, avec un brevet, un laboratoire pharmaceutique obtient l'exclusivité de la vente d'un nouveau médicament pour 20 ans, le temps de rentabiliser sa recherche.

Troisième forme : le monopole d'innovation. Une entreprise invente un produit nouveau ou beaucoup plus performant que les autres. Elle se retrouve seule temporairement. C'est une situation transitoire qui dure jusqu'à ce que les concurrents réussissent à l'imiter.

Illustration style dessin animé éducatif. Un château fort avec un drapeau 'Monopole'. Devant, trois murs distincts bloquent le passage à des petits bonshommes qui essaient d'entrer. Sur le 1er mur est écrit 'Coûts Fixes', sur le 2ème 'Loi / Brevet', sur le 3ème 'Technologie'.
Ces barrières agissent comme des murs protégeant les entreprises installées.
Les trois sources du monopole sont donc : les économies d'échelle (naturel), la protection légale (institutionnel) et l'avance technologique (innovation).

Oligopole et dilemme de l'entente

Souvent, le marché compte quelques vendeurs (comme les opérateurs mobiles ou les avionneurs), c'est un oligopole. Les entreprises y sont interdépendantes : la décision de l'une impacte directement les profits des autres.

Elles ont alors un choix : se faire une guerre des prix (mauvais pour leurs profits) ou s'entendre secrètement sur un prix élevé. Cette entente s'appelle un cartel. Bien qu'illégale, elle permet aux membres de l'oligopole d'agir comme un monopole collectif.

Mais ces ententes sont fragiles à cause du « dilemme du prisonnier ». Imagine deux entreprises qui s'entendent sur un prix haut. Si l'une triche et baisse son prix en cachette, elle vole les clients de l'autre et gagne le gros lot. Comme chacune a individuellement intérêt à tricher, l'entente risque de s'effondrer.
Schéma simple d'une matrice 2x2. Colonnes : 'Entreprise B coopère', 'Entreprise B trahit'. Lignes : 'Entreprise A coopère', 'Entreprise A trahit'. La case où les deux trahissent (gains faibles) est mise en valeur par rapport à la case où elles coopèrent (gains élevés). Des symboles '$' indiquent les gains.
Ce dilemme montre que la rationalité individuelle peut nuire à l'intérêt collectif du groupe.
Retiens bien le paradoxe : collectivement, elles ont intérêt à coopérer (prix hauts). Mais individuellement, chacune a intérêt à trahir l'autre pour prendre l'avantage. C'est pour cela que la concurrence tend souvent à revenir.

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